Ça y est, Trump est Président. Va-t-on enfin voir la défense de la démocratie comme un impératif ?
  • Créativité politique

Ça y est, Trump est Président. Va-t-on enfin voir la défense de la démocratie comme un impératif ?

20 Jan 2025

par Beth Simone Noveck, professeure et directrice du GovLab, Lex Paulson, directeur de la School of Collective Intelligence, et Stephen Boucher, professeur associé au CIFE.

Pour les défenseurs de la démocratie, 2024 a été rude. 2025 promet d’être pire. États-Unis, Roumanie, Allemagne, France, Géorgie… les électeurs accordent aux partis anti-système un soutien record, ébranlant l'État de droit. Les démocrates de par le monde veulent se réinventer. Nous proposons 3 pistes pour vraiment renouveler la démocratie et contrer les démagogues en 2025 et au-delà.

La montée de candidats populistes et antidémocratiques à travers le monde – de la France aux États-Unis, de l’Allemagne à la Slovaquie – a été attribuée à toute une série de causes : les inégalités économiques et la polarisation, amplifiées par des crises externes et les médias sociaux. Ces forces contribuent à l’érosion de la confiance dans les institutions représentatives et créent un terrain fertile pour les démagogues qui attisent la peur, la nostalgie et les solutions simplistes.

Quelle que soit l’analyse, la réponse ne consistera pas à imiter les tactiques et les rhétoriques manipulatoires, comme certains s’y emploient. En tant qu’universitaires et praticiens de l’intelligence collective, la science de la collaboration complexe, nous pensons que nos institutions ne peuvent rétablir la confiance que si elles sont repensées en mettant vraiment l’intelligence des citoyens au centre de leurs préoccupations.

La démocratie représentative a été construite sur un certain nombre de principes cruciaux : l’État de droit, la séparation des pouvoirs, la stabilité du gouvernement et la souveraineté populaire. Les événements récents montrent clairement que les institutions publiques doivent s’appuyer sur la science de l’intelligence collective pour apporter des solutions plus rapides et durables que celles que les technocrates peuvent créer seuls.

À quoi pourrait ressembler une refondation démocratique sérieuse en 2025 ? Nous proposons une feuille de route en trois volets.

RÉIMAGINER : IL EST ESSENTIEL D’INSPIRER L’ESPOIR

Si la rhétorique optimiste de Kamala Harris a dynamisé un temps sa base, elle n’a pas réussi à élargir sa coalition auprès de ceux qui sont désabusés de la politique. Les candidats qui souhaitent gagner les élections devront apprendre à susciter un espoir d’amélioration crédible, fondé non seulement sur des politiques publiques efficaces, mais aussi sur de meilleurs processus d’écoute et de collaboration directe avec les citoyens.

Les processus d’intelligence collective (IC) qui ont fait leurs preuves nous enseignent une vérité simple : un changement efficace commence par une écoute attentive et la combinaison de nombreuses perspectives sur un problème donné. Pour aller au-delà de la pensée partisane binaire, les dirigeants publics doivent essayer de nouvelles façons de susciter une vision commune qui transcendent les polarités. 

Comment ? Des approches telles que la scénarios transformateurs (transformative scenario planning), la Théorie U ou l’enquête appréciative, déployées respectivement en Amérique latine sur la démocratie, en Ecosse pour gérer le Covid, ou à Durban, par exemple, associent experts, citoyens et administrations. Elles permettent précisément d’écouter les aspirations profondes, de générer des perspectives plus riches sur des problèmes complexes, d’en dégager une vision de l’avenir désirable au-delà des clivages, et de concevoir de nouvelles options politiques. Dans le jargon de l’IC, on parle de « gouvernance anticipative collaborative ». 

RECADRER : SORTIR DU TROU NOIR DE LA POLARISATION

Comment recentrer les débats publics loin des clashs partisans ? Le succès remarquable de l’Assemblée constitutionnelle irlandaise et la qualité de nombreuses conventions citoyennes chez nous et ailleurs ont démontré que des groupes de citoyens tirés au sort, soutenus par des experts, peuvent aborder des sujets qui divisent et renouveler les termes du débat public. En Irlande, cette assemblée a permis de recadrer des débats et à trouver un terrain d’entente sur des questions sensibles telles que le mariage entre personnes de même sexe.

Mais on peut et doit aller plus loin que les conventions citoyennes. 

Tout d’abord, les chercheurs et les praticiens du GovLab proposent que les meilleures solutions commencent par poser les bonnes questions, c’est-à-dire celles qui intéressent vraiment les citoyens. L’initiative « 100 questions » est un exemple de la façon dont les dirigeants publics peuvent utiliser le « crowdsourcing intelligent », c’est-à-dire la pratique consistant à obtenir des informations en faisant appel aux services d’un grand nombre de personnes en dialogue avec des experts. En redéfinissant l’agenda en fonction de ce qui intéresse réellement les gens, dirigeants politiques et société civile peuvent contourner les manipulations et les discours alarmistes que certains partis promeuvent. 

RÉINVENTER : CHOISIR LA SAGESSE DES FOULES PLUTÔT QUE LE BON SENS

De nombreuses autres approches de gouvernance aptes à faire émerger l’intelligence collective sont disponibles. Le moment est venu de résister aux solutions simplistes faisant appel à un prétendu “bon sens” et d’adopter des réformes institutionnelles qui s’attaquent aux causes profondes de la frustration du public. Nous avons besoin de systèmes qui exploitent la sagesse des foules pour obtenir des résultats plus intelligents, plus rapides et plus équitables.

Une fois que nous aurons redéfini ce qui est mis à l’agenda public grâce à des visions désirables, et que nous aurons rafraîchi les termes du débat public en fonction des aspirations profondes des citoyens, il s’agira de déployer des institutions aptes à mettre en œuvre des politiques plus efficaces, qui montrent des résultats plus rapidement, qui coûtent moins, et qui sont plus attrayantes que les pseudo-solutions séduisantes mais simplistes des marchands de frustration.

Pour cela, en plus d’un certain courage, nos dirigeants doivent apprendre à se montrer ouverts à essayer de nouvelles méthodes d’intelligence collective, dont de nouvelles modalités d’intégration des groupes d’intérêt dans la formation des politiques publiques, plus transparentes, justes et intelligentes. Cela implique d’apprendre à exploiter la diversité cognitive, à faciliter des délibérations de haute qualité, et à créer des plateformes pour agréger les idées des citoyens et experts de manière éthique et transparente. 

Ces changements, aujourd’hui visibles ponctuellement, sont nécessaires à grande échelle et à chaque étape du cycle politique. Les assemblées citoyennes et les budgets participatifs ne sont qu’un début, limité au regard de nos savoir-faire et connaissances en matière d’intelligence collective, comme en témoigne le « Routledge Handbook of Collective Intelligence for Democracy & Governance« . Notre boîte à outils d’innovations démocratiques se développe rapidement, bien au-delà de ce qu’en reflètent les médias.

Selon une récente enquête de l’OCDE, le facteur le plus puissant de confiance des citoyens dans leurs institutions est le sentiment d’être entendu. Il est plus que temps de prendre la pleine mesure de cette donnée trop largement ignorée. 

Trop d’élus traditionnels s’accrochent à la « démocratie du statu quo« , tandis que la vague de rejet de la politique indique une aspiration plus profonde : celle d’une démocratie plus forte et plus inclusive. 

Le moment est venu pour un renouveau démocratique complet. En 2025 ?

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